Mettre en place un lab réseau isolé avec VirtualBox, Nmap et Wireshark
Comment j'ai construit mon laboratoire de cybersécurité avec Kali Linux et Ubuntu pour m'entraîner à l'analyse réseau en toute sécurité.
Pourquoi un lab isolé ?
Avant de scanner quoi que ce soit, il faut comprendre une règle fondamentale : on ne scanne jamais un réseau sans autorisation. C'est illégal, et c'est la première chose qu'un recruteur vérifiera.
Pour m'entraîner sereinement, j'ai donc construit un laboratoire virtualisé : deux machines virtuelles qui communiquent entre elles sur un réseau privé, totalement isolé d'Internet.
- Kali Linux : le poste d'attaque et d'analyse
- Ubuntu Server : la cible
Configuration réseau
Les modes réseau de VirtualBox
| Mode | Description | Usage |
|---|---|---|
| NAT | Accès Internet via l'hôte | Mises à jour, téléchargements |
| Host-Only | Réseau privé isolé entre VMs | Tests sécurisés (Nmap, Wireshark) |
| Bridged | VM visible sur le réseau local | À éviter pour l'apprentissage |
Pour mon lab, j'utilise Host-Only : les VMs se voient entre elles mais ne peuvent pas atteindre Internet, et Internet ne peut pas les atteindre.
Attribution des IP
| Machine | Rôle | IP | Interface |
|---|---|---|---|
| Kali Linux | Attaque / Analyse | 192.168.149.129 | eth0 |
| Ubuntu | Cible / Serveur | 192.168.149.130 | ens33 |
Vérifier la connectivité
Première chose après le démarrage des VMs : vérifier qu'elles se voient.
# Sur Kali
ping -c 4 192.168.149.130Si le ping passe, on peut commencer.
Découverte avec Nmap
Ping sweep
Pour trouver les machines en ligne sur le réseau :
sudo nmap -sn 192.168.149.0/24Cette commande envoie des requêtes ICMP et ARP à toutes les IP du sous-réseau. Résultat : la liste des hôtes actifs.
Scan SYN (stealth)
Le scan SYN est le plus utilisé car il est rapide et discret :
sudo nmap -sS 192.168.149.130Il envoie un paquet SYN, reçoit un SYN-ACK si le port est ouvert, puis envoie un RST pour fermer la connexion — sans jamais terminer le three-way handshake.
Détection de version
sudo nmap -sV 192.168.149.130Nmap identifie la version exacte des services qui tournent sur les ports ouverts. Très utile pour repérer des versions vulnérables.
Capturer avec Wireshark
Pendant que Nmap scanne, Wireshark capture tout le trafic. C'est là que ça devient intéressant : on voit ce que Nmap fait au niveau paquet.
Filtres indispensables
# Trafic vers/depuis une IP
ip.addr == 192.168.149.130
# Trafic sur un port spécifique
tcp.port == 80
# Uniquement les SYN (début de connexion)
tcp.flags.syn == 1
# SYN sans ACK (scan)
tcp.flags.syn == 1 && tcp.flags.ack == 0
Les trois états d'un port
| Réponse Nmap | Réponse Wireshark | Interprétation |
|---|---|---|
open | SYN-ACK | Un service écoute sur ce port |
closed | RST | Aucun service sur ce port |
filtered | Aucune réponse | Pare-feu ou machine hors ligne |
Analyse d'une connexion HTTP complète
Pour tester, j'ai utilisé curl plutôt qu'un navigateur — c'est plus lisible dans Wireshark :
curl http://192.168.149.130Le three-way handshake
| Paquet | Source → Destination | Flags |
|---|---|---|
| 1 | Kali → Ubuntu | SYN |
| 2 | Ubuntu → Kali | SYN, ACK |
| 3 | Kali → Ubuntu | ACK |
L'échange HTTP
| Paquet | Source → Destination | Contenu |
|---|---|---|
| 4 | Kali → Ubuntu | GET / HTTP/1.1 |
| 5 | Ubuntu → Kali | HTTP/1.1 200 OK |
La fermeture
| Paquet | Source → Destination | Flags |
|---|---|---|
| 6 | Kali → Ubuntu | FIN, ACK |
| 7 | Ubuntu → Kali | FIN, ACK |
| 8 | Kali → Ubuntu | ACK |
Bonnes pratiques
- ✅ Toujours utiliser un réseau Host-Only pour les tests
- ✅ Jamais scanner une machine sans autorisation écrite
- ✅ Lancer la capture Wireshark avant de générer le trafic
- ✅ Vérifier la connectivité (
ping) avant de scanner - ✅ Utiliser
sudoavec Nmap pour les scans avancés
Ce que j'en retiens
Ce lab m'a permis de comprendre concrètement :
- La différence entre un port ouvert, fermé et filtré
- Comment un scan SYN se déroule au niveau paquet
- À quoi ressemble un three-way handshake TCP
- Pourquoi Nmap est l'outil de référence en reconnaissance
C'est une base indispensable pour tout analyste SOC — comprendre ce qu'on voit dans les logs, c'est comprendre ce qui s'est passé sur le réseau.
Prochaines étapes
- Explorer les scripts NSE (Nmap Scripting Engine)
- Analyser du trafic chiffré (HTTPS)
- Tester d'autres protocoles (SSH, FTP, DNS)
- Détecter automatiquement les scans avec un outil comme mon Network Packet Analyzer