Maxime BENE
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2025-09-266 min

Le modèle OSI : comment j'ai arrêté de redémarrer tout et n'importe quoi

Comment j'utilise les 7 couches du modèle OSI comme méthode de diagnostic, avec un exemple concret : une panne Internet que j'ai résolue couche par couche.

RéseauOSIDépannageMéthodologieLinux

Le réflexe du débutant

Quand j'ai commencé à m'intéresser au réseau, ma méthode de dépannage était simple :

"Ça marche pas ? Redémarre."

Ça marche parfois. Mais quand ça ne marche pas, on est bloqué. On ne sait pas pourquoi, on ne sait pas , on ne sait pas quoi faire.

Puis j'ai découvert le modèle OSI.

Pas comme un cours théorique à réciter. Comme une méthode de diagnostic.

Le principe est simple : on commence par le bas, et on monte.

Une histoire de câble

Un jour, dans mon lab, mon Ubuntu ne répond plus au ping depuis mon Kali.

Réflexe du débutant : redémarrer les deux VMs.

Réflexe du débutant après 5 minutes : redémarrer VirtualBox.

Réflexe du débutant frustré : réinstaller les VMs.

Ce que j'aurais dû faire : appliquer le modèle OSI.

Reprenons l'histoire dans le bon ordre.

Couche 1 — Le physique

La question : est-ce que quelque chose est physiquement connecté ?

Dans mon lab, la réponse était évidente : les deux VMs sont sur un réseau Host-Only VirtualBox. C'est de la virtualisation, donc le "câble" est virtuel — pas de prise à vérifier.

Mais dans la vraie vie :

  • Un câble Ethernet est-il branché des deux côtés ?
  • Les voyants du switch et de la carte réseau sont-ils allumés ?
  • En WiFi : le signal est-il suffisant ?

Règle simple : si un voyant est éteint, on s'arrête là. Inutile de chercher plus haut.

Dans mon cas, tout était virtuellement connecté. Je passe à la couche suivante.

Couche 2 — La liaison

La question : les machines se voient-elles sur le réseau local ?

Dans mon lab, les deux VMs sont sur le même réseau 192.168.149.0/24. Elles devraient se voir en ARP.

Comment vérifier :

ip neigh

ou

arp -a

Ça affiche la table ARP — la liste des correspondances IP ↔ MAC connues de la machine.

Si une IP est marquée FAILED ou INCOMPLETE, c'est que la communication locale ne passe pas.

Chez moi, tout était OK à ce niveau. Je continue.

Couche 3 — Le réseau

C'est la couche où 90% des problèmes se trouvent. On va décomposer.

Vérifier l'adresse IP

ip a

Ce que je regarde :

  • L'interface a-t-elle une IP ?
  • Est-elle dans la bonne plage ? (dans mon lab : 192.168.149.x)
  • Le masque est-il correct ?

Indice immédiat : si l'IP commence par 169.254.x.x, c'est que le DHCP n'a pas répondu. La machine s'est attribuée une adresse "auto-configurée" qui ne marchera pas sur le réseau.

Dans mon cas, tout était bon.

Tester la pile locale

ping 127.0.0.1

127.0.0.1 est la loopback. Ça teste la pile TCP/IP de la machine sans sortir sur le réseau.

  • Réponse → la pile fonctionne
  • Pas de réponse → problème logiciel (driver, pare-feu local)

Chez moi : réponse OK.

Tester la passerelle

Dans mon lab, la passerelle est 192.168.149.1 (VirtualBox).

ping 192.168.149.1
  • Réponse → la communication locale fonctionne
  • Pas de réponse → problème entre la machine et le routeur

Chez moi : pas de réponse.

On a trouvé quelque chose.

L'enquête : pourquoi la passerelle ne répond pas ?

À ce stade, on sait que :

  • La couche 1 est OK (les VMs sont connectées)
  • La couche 2 est OK (ARP fonctionne)
  • La couche 3 a un problème (pas de réponse de la passerelle)

Hypothèses possibles :

  1. La passerelle n'est pas la bonne
  2. Le pare-feu de la cible bloque le ping
  3. La route par défaut n'est pas configurée

Vérification :

ip route

Ce que je regarde :

  • Y a-t-il une ligne default via 192.168.149.1 ?
  • Si oui, la route par défaut est bien configurée

Dans mon cas, la route était absente. C'était ça.

La résolution

J'ai ajouté la route par défaut :

sudo ip route add default via 192.168.149.1

Puis re-testé :

ping 192.168.149.1

Réponse.

Puis :

ping 8.8.8.8

Réponse.

Le problème venait d'une route manquante, pas d'un câble, pas d'un redémarrage, pas d'une réinstallation.

Ce que j'ai appris

Sans le modèle OSI, j'aurais :

  • Redémarré les VMs (sans effet)
  • Testé des trucs au hasard (perte de temps)
  • Peut-être réinstallé (pour rien)

Avec le modèle OSI, j'ai :

  • Isolé le problème en 3 étapes
  • Trouvé la cause exacte
  • Résolu en une commande

La méthode générale

Voici la méthode que j'applique maintenant pour n'importe quel problème réseau :

1. Couche 1 — Le physique

  • Câbles branchés ?
  • Voyants allumés ?
  • WiFi connecté ?

2. Couche 2 — Le local

  • ARP fonctionne ?
  • MAC visibles ?
  • VLAN configuré ?

3. Couche 3 — L'adressage

  • IP correcte ? (ip a / ipconfig)
  • Passerelle joignable ? (ping <passerelle>)
  • Route par défaut ? (ip route)
  • DNS configuré ? (cat /etc/resolv.conf)

4. Couche 4 — Le transport

  • Ports ouverts ?
  • Connexions TCP établies ? (ss -tlnp / netstat)

5. Couche 7 — L'application

  • Le service tourne ? (systemctl status)
  • La résolution DNS fonctionne ? (ping google.com vs ping 8.8.8.8)

L'astuce du ping en cascade

Quand tu doutes, fais un ping en cascade :

ping 127.0.0.1          # La pile locale
ping <passerelle>       # Le réseau local
ping 8.8.8.8            # Internet (sans DNS)
ping google.com         # DNS + Internet

Chaque ping qui répond élimine une couche.

Si 8.8.8.8 répond mais google.com non → c'est le DNS.

Ce que j'en retiens

  1. Le modèle OSI n'est pas théorique — c'est une check-list
  2. On commence toujours par le bas (couche 1)
  3. Le ping est l'outil central du diagnostic
  4. 169.254.x.x = DHCP en échec (indice immédiat)
  5. Le ping en cascade isole le problème en quelques secondes
  6. Comprendre le réseau, c'est arrêter de redémarrer

Pour aller plus loin